Campagne Barral
L’histoire d’un nom, l’âme d’un lieu
Aux portes d’Aix-en-Provence, la Campagne Barral tire son nom d’un patronyme profondément enraciné dans la terre occitane. Le mot « barral » remonte à une racine préromane, barr-, dont dérivent baril, barrique et barral — tous désignant à l’origine une sorte de tonneau. Attestée dès le XIIe siècle dans les textes latins régionaux (on trouve le terme barralia à Arles), cette famille de mots a ensuite désigné, en ancien occitan, tour à tour un enclos cultivé — un espace clos et protégé, souvent réservé à la culture ou à l’élevage — et une mesure traditionnelle de contenance pour le vin ou l’huile d’olive, en usage en Provence et en Languedoc jusqu’au XIXe siècle. Cette double signification dessine en creux l’histoire même de ce domaine : un lieu que l’on cultive avec soin, et dont on recueille les fruits.
Le nom doit sa présence ici à Henri Barral, cultivateur qui occupa ces terres et dont la mémoire demeure gravée jusque dans le cadastre napoléonien de 1828, puis jusqu’au cadastre actuel — une continuité rare, la plupart des propriétés perdant leur appellation d’origine au fil des mutations et des changements de propriétaires.
Le domaine porte également la trace d’une autre page de l’histoire provençale : les anciens plans du canal du Verdon, ce chantier titanesque voulu par Napoléon III pour désaltérer Aix, concédé par décret impérial en 1863 et achevé après quinze années de travaux, en 1878. Sur 82 kilomètres, dont vingt en souterrain, l’eau du Verdon irriguait alors plus de 3 000 hectares de terres agricoles avant d’être détrônée par le canal de Provence dans les années 1970. Sur le domaine lui-même, d’anciens ouvrages de bassins en cascade témoignent encore aujourd’hui de cette relation ancestrale à l’eau, ingénieusement captée et répartie au fil des restanques pour irriguer les cultures en terrasses.
Acquise en 2014 par la famille Chapelle, la Campagne Barral perpétue cet héritage sous une forme renouvelée. Depuis 2015, le domaine se transforme en forêt-jardin : plus de 120 variétés fruitières — vignes, oliviers, pistachiers, plaqueminiers, jujubiers, asiminiers, cornouillers, grenadiers, pommiers, amélanchiers, et bien d’autres — y sont cultivées sans aucun intrant chimique, dans une agroforesterie associant arbres, cultures et respect des cycles naturels, familière à son premier cultivateur. Cette démarche s’inscrit dans une vision biorégionale, où la vocation agricole du lieu et la préservation de ses équilibres écologiques continuent de se répondre à travers les générations.
Visiter ce domaine, c’est ainsi marcher dans les pas de deux siècles de mémoire cadastrale et d’une longue tradition rurale provençale, où le nom d’un homme et la vocation d’une terre n’ont jamais cessé de dialoguer.